« L’appel du large », un grand moment de création
La première édition du Festival Littérature & Spiritualité "L'Appel du Large" s’est tenue les 28 et 29 mars à l'Abbaye de Saint-Jacut, en partenariat avec Écritures & Spiritualités et l'Abbaye.
Durant ces deux journées, nous avons eu le plaisir d’accueillir libraires, éditeurs, artistes et auteurs, offrant ainsi un espace d’échanges, de réflexions et de partages à près d’une centaine de participants.
Nous vous invitons à revivre ces moments en réécoutant les interventions et tables-rondes du Festival : → Réécouter les tables-rondes
Poésie et spiritualité à Saint Jacut
« Poésie et spiritualité ! C’est une unique réalité, c’est exactement la même chose ! » C’est ainsi qu’Yvon Le Men traduisait au final, l’intitulé proposé à tous lors de cette première rencontre à Saint-Jacut « Littérature et spiritualité ». Les intervenants, bretons pour la plupart, accentuaient probablement la « poésie bretonne », sans exclusive - Bretagne est Univers - selon l’adage que confirme François Cheng en un essai récent. Le poète et conteur Yvon Le Men achevait ainsi un parcours de grande intensité dans un climat fervent. Le festival avait été introduit dès le vendredi soir comme un « cheminement » par Jean-Michel Le Boulanger, en voisin malouin, esquissant la place poétique d'une mélancolie bretonne native, comme une quête, une requête de l’âme. Il ouvrait ainsi, en auteur, l’Appel du Large.
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La journée du samedi débuta par un hommage appuyé au poète et ami de beaucoup, Jean Lavoué prononcé par Pierre Tanguy et Ghislaine Léjard. C’est lui qui avait initié cette rencontre et beaucoup étaient venus pour réentendre sa parole volontairement simple et toute fraternelle, inspirée incognito par le Poème en majuscule.
Pierre Tanguy, en fin connaisseur de toute la production bretonne, introduisit en plus un dialogue à quatre voix sur le mystère de la création du dedans, entre silence, éclat et intériorité, tout ce qui brode autour de la « considération » du réel, cette aptitude à donner à chaque instant sa plénitude étoilée. Les écrivains et les artistes-illustrateurs purent alors être rencontrés en leurs espaces répartis dans la salle de l’Arbre. Après, vint le temps bienvenu de pause, agapes et promenade en bord de mer.
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Alain-Gabriel Monot coordonnait en après-midi, une seconde table-ronde sur le thème de la résistance de la poésie à l’air du temps : mercantilisme, vitesse et violence, arrogance. Il avait réuni des libraires et des écrivains qui portaient chacun au coeur, la nécessité vitale de la beauté et de la parole questionneuse du mystère. Rare conjonction des paroles nécessaires pour être. Ouverture aussi à la libre parole d’Abd-el-Kader et au roman à dimension d’engagement. Ce temps fut prolongé par une proposition de lectures à voix haute, accompagnées des improvisations d’un pianiste poète des sons. On entendit successivement les voix d’Etty Hillesum, d’Abd-el-Kader et du poète palestinien Mahmoud Darwich, de Gérard Bessière aussi, en hommage. Autant de mots lancés en avant qui se prolongèrent par les rencontres des plumes et des dessins amis.
Comme un point d’orgue, avec simplicité et humour, la voix d’Yvon Le Men nous emporta au final dans un partage profond et joyeux en poésie. La poésie comme un parfum subtil de fête à l’humaine, comme une capacité à transfigurer la douleur du monde, par une paix qui réconcilie.
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« L’appel du large » ce fut un grand moment de création, de co-création renouvelée. La journée était co-organisée par l’Abbaye et l’association Littérature et spiritualité. Rendez-vous a été pris pour dans deux ans. A vos poèmes…
Comment ne pas se réjouir ensemble de ce qui fut comme un accomplissement, la spiritualité diffuse au quotidien, tel le miracle de l’instant vrai célébré par François Cheng, Georges Haldas, Christian Bobin, Etty Hillesum et Christiane Singer, autant d’ami(e)s de Jean Lavoué qui avait voulu ce partage en poésie et nous accompagnait.
Joseph THOMAS